La qualité technique : l’argument malheureux du jeu vidéo actuel (?)

On l’a vu, le leitmotiv des deux constructeurs majeurs que sont Sony et Microsoft pour la génération imminente de console de salon reste l’innovation graphique. Les jeux de demain seront plus beaux, plus immersifs, plus réalistes et… plus chers. Bien que cela ne se ressente pas pour le joueur, qui payera ses jeux aux alentours de 50-70€, les développeurs, eux, vont devoir redoubler d’investissements pour proposer des jeux à la hauteur des prochains standards techniques. Mais en plus d’être un gouffre financier à la rentabilité de plus en plus incertaine, le jeu vidéo ne perd-t-il pas là une partie de lui-même en laissant de côté ce pour quoi même il a été inventé ?

GTX Titan

Ki ki cé qu’a la plus grosse ?

Bien que l’on tend à nous faire croire que la Playstation 4 a un léger avantage sur sa concurrente directe en terme d’hardware, il est fort à parier que l’on ne verra pas de différence entre les deux machines. Qui oserait dire, au crépuscule de la génération actuelle, qu’un fossé technique sépare la 360 de la PS3 ? Et pourtant, lorsque l’on compare leur fiche technique respective, la différence est notable. Au final, cela a toujours été le catalogue de jeux qui a poussé les joueurs à se décider entre l’une et l’autre avant de réaliser que les deux consoles peuvent être parfaitement complémentaires. Nous sommes loin des divergences qui sévissaient à l’époque du duel, entre autres, de la Super Nintendo et de la Megadrive. Ce sont les politiques des constructeurs qui feront la différence ce Noël, la sphère d’Internet s’est déjà largement exprimée sur le sujet, en lynchant sans retenue Microsoft qui s’est, admettons-le, montré insultant envers la communauté des joueurs lors de l’annonce de la One et de ses contrôles douteux, de sa politique de l’occasion scandaleuse et j’en passe… Avec leur retour en arrière, il n’est pas dit que tout leur sera pardonné et la firme américaine risque fort d’en payer le prix dans un avenir proche. Mais là n’est pas le principal sujet…

Pour conclure, celui qui aura « la plus grosse » sera toujours le PC, du moins pour ceux qui ont les moyens de se payer le dernier modèle de chez Alienware et consorts. Tout en sachant cela, l’argument principal des futures consoles reste bel et bien la qualité visuelle des jeux. En affirmant cela, je tiens à insister sur le côté assez ridicule de la chose, tout le monde sait que sur ce terrain là, un hardware fixe pendant le temps que dureront ces consoles ne fait pas le poids face à l’évolution permanente des PC. Et pourtant, on tient encore à nous faire croire que la XBox One et la Playstation 4 proposeront des graphismes révolutionnaires… Certes, un petit cap sera franchi, mais un cap éphémère qui sera vite dépassé.

Ce que joueur veut

Soit, avoir sur son écran une myriade de pixels en parfaite harmonie offrant un spectacle visuel divertissant est une bonne chose. Je ne remet pas en cause l’avènement de la HD de ces dernières années, loin de là. Elle a permis une petite révolution dans le domaine graphique et ce changement de paradigme a été fort bienvenu, il y a un avant et un après la Haute Définition. Cependant, cela n’a pas révolutionné le jeu vidéo pour autant et l’ascendance technique n’est pas une fin en soi. A titre d’exemple, le motion gaming, avec tous les (avantages ?) et inconvénients qui le suivent a eu la volonté louable d’inventer de nouvelles manières de jouer, avec plus ou moins de réussite. Il n’est pas étonnant de voir que la Wii a écrasé ses concurrents en terme de ventes, bien qu’il existe d’autres raisons valables expliquant cette suprématie.

Toujours est il que la plupart des joueurs réclament avant tout une qualité de gameplay qui prévaut sur l’aspect technique des jeux. C’est mon cas bien évidemment et j’irai même plus loin. Je me serai parfaitement contenté de graphismes de la génération précédente qui à la rigueur, auraient été rehaussés en HD, à l’instar de toutes les compilations de jeux PS2 et autres qui sont monnaie courante de nos jours. Nul besoin de claque graphique ou de mise en scène de folie ultra-cinématographique pour prendre du plaisir sur un jeu ! Il existe évidemment des exceptions (cf. ma critique de The Last Of Us) mais celles-ci ne se reposent pas uniquement sur leur aspect grandiloquent. Un gameplay parfait suffit à rendre un titre intéressant car on parle bien là de jeu vidéo et c’est son essence même que de proposer une interaction au service de la créativité et du divertissement qui fait de lui ce qu’il est.

De l’importance de la direction artistique

Outre le gameplay, le deuxième point qui reste majeur à mes yeux quant à la qualité d’un titre reste son ambiance. Cela peut se traduire par sa bande-son mais surtout par sa direction artistique. Tout au long de mes années de jeu, j’ai été conquis par bon nombre d’univers, laissant dans un petit recoin de ma tête des souvenirs impérissables. Et encore aujourd’hui, revenir sur ces jeux qui ont désormais dépassés leur dixième ou leur quinzième anniversaire me procurera le même plaisir qu’autrefois, la nostalgie remplaçant l’excitation de la découverte. Se balader dans la plaine d’Hyrule, dans la campagne de Banjo-Kazooie, sur Hillys ou encore plus récemment dans Bordeciel est d’autant plus grisant que de jouer à un jeu aux graphismes ultra-réalistes mais ne proposant pas d’univers qui lui serait propre. L’exemple de The Elder Scrolls V : Skyrim est ici très représentatif de cas-là : le jeu, du moins sur consoles et donc sans mods graphique, est loin d’être une vitrine technologique et accuse un niveau technique vieux de quelques années, avec son lot de textures brouillones. Et pourtant, la direction artistique du titre rattrape le tout, à tel point que l’on ne prête plus attention à ses graphismes datés, relégués au second plan derrière ses environnements de toute beauté, laissant l’imagination du joueur s’inventer ses propres histoires et lui donnant l’envie de poser son baluchon en Tamriel…

En conclusion, la course aux meilleurs graphismes menée par Sony et Microsoft (Nintendo jouant dans une autre catégorie) risque fort de les entraîner dans le mur, financièrement parlant. De plus, la base même du jeu vidéo ne repose pas uniquement sur cet aspect et il leur serait de bon ton de s’en souvenir. Avant de déployer l’artillerie lourde pour nous pondre un feuillage réaliste ou une modélisation de l’eau toujours plus époustouflante, pensez en premier lieu à créer des mondes stimulant l’imaginaire dans lesquels on souhaiterait rester, ne serait-ce que le temps de quelques heures…

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3 thoughts on “La qualité technique : l’argument malheureux du jeu vidéo actuel (?)

  1. Tu as parfaitement résumé la situation et je ne suis donc pas le seul à penser ça. Le jeu-vidéo se casse la gueule. Après, je suis d’accord avec toi qu’un jeu ne doit pas se baser sur des graphismes de fou mais regarde, c’est ce que les gens veulent… Et aujourd’hui, il n’y a jamais eu autant de précommandes pour des consoles « nouvelles générations » qui font la part belle aux réseaux sociaux et aux graphismes améliorés. Personnellement, ça me désole de voir que les joueurs ne réagissent pas.

    • Je n’irais pas jusqu’à dire que le jeu vidéo de manière globale se casse la gueule. Cela concerne surtout les grosses productions, quand je vois des jeux AAA tels que Tomb Raider (pour ne citer que lui) qui cartonne commercialement (3 Millions d’unités vendues) mais qui représente quand même une perte pour Square Enix, je me dis qu’il y a un soucis quelque part. Le budget des blockbusters est trop démesuré par rapport aux revenus générés, la faute bien évidemment à des ambitions techniques bien trop élevés et à mon avis fortuites. Sans parler des budgets alloués à la communication qui représente pour la majorité des gros titres presque 50% des investissements…

      • Il me semble avoir entendu quelque part que pour le budget de Red Dead Redemption, les 3/4 étaient destinés à la publicité et la communication. C’est effarant. C’est des sommes astronomiques qui sont mises en jeu aujourd’hui, les développeurs indépendants ne peuvent pas survivre s’ils n’ont pas un minimum de ressources financières. Heureusement, il y a des plateformes telles que kickstarter.

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